« Mute: Audio Documents », le meilleur de Mute Records de 1978 à 1984


Les petits bouquins de l’encyclopédie de poche Que-sais-je ? font le tour d’un sujet en 128 pages. Le label Mute Records, lui, fait le tour de tout ce que le rock et la pop ont produit de meilleur, hors des sentiers battus, de 1978 à 1984, en 128 morceaux.

Mute Records est un label fondé en 1978 (excellente année au demeurant), par le non moins excellent Daniel Miller. En pleine période post-punk, Daniel Miller applique à la lettre le principe du Do-It-Yourself (DIY): « all you need is an idea » – « la seule chose dont on ait besoin, c’est d’une idée ».

Le reste ? Eh bien, le reste, c’est déjà de l’histoire : quelques-uns des groupes les plus importants des musiques post-punk, new-wave, électroniques et assimilées doivent leur existence et leur succès à Mute Records. Citons, parmi les plus connus de cette période 1978-84 : Depeche Mode, Nick Cave & The Bad Seeds, Einstürzende Neubauten, ou encore The Birthday Party. La plupart sont d’ailleurs toujours fidèles à ce « petit » label indépendant, 20 ou 30 ans après leurs débuts – fait rare dans un milieu où signer avec une major représentait le but ultime à atteindre pour tout groupe ayant des ambitions sérieuses.

Mute: Audio Documents regroupe 10 CDs qui reprennent l’intégralité des 128 singles publiés par le label entre 1978 et 1984. On y retrouve tous les artistes cités ci-dessus, plus une pléiade de pépites oubliées, tubes d’une époque, voire d’un jour seulement, mais qu’on redécouvre avec plaisir. Petit tour d’horizon :

  • Depeche Mode, de loin le groupe le plus important du label, et ce dès les premières années, se taille évidemment la part du lion. On retrouve  ainsi tous les singles de l’époque, avec ce son synthétique si caractéristique : « Master and Servant », « People Are People », ou encore l’inévitable « Just Can’t Enough ». Certains ont peut-être moins bien vieillis que d’autres… Mais il y a aussi quelques perles dont on se souvient peut-être moins, comme le magnifique « Everything Counts ».
  • La mouvance post-punk industrielle est aussi très bien représentée. Les morceaux difficiles d’accès, expérimentaux ou violents de Boyd Rice/Non, Einstürzende Neubauten ou, à la frontière de la pop kitsch, de D.A.F., font partie intégrante de l’ADN du label, qui publiera également par la suite, via ses sous-labels spécialisés (comme Blast First ou The Grey Area), Throbbing Gristle, SPK, Cabaret Voltaire, Laibach ou encore Die Krupps.
  • Mais le plus intéressant peut-être dans cette rétrospective (pour les curieux en tout cas), c’est la présence de ces hits d’un jour ou parfois d’un peu plus, qui ont marqué l’époque, ou tout du moins les charts et la presse indé, et les amateurs des genres new-wave et post-punk, post-industriel : « Warm Leatherette » de The Normal (le groupe de Daniel Miller himself), le kistch « Don’t Go » de Yazoo, ou encore les très sous-estimés « Collapsing New People » (certainement une référence à leurs camarades de label Einstürzende Neubauten) et « Back to Nature » de Fad Gadget.

Mute Records, plus de 30 après, est toujours vivant, indépendant et se porte bien. Le label abrite des artistes plus contemporains tels que Moby ou Goldfrapp. Cette rétrospective de 1978 à 1984 n’est d’ailleurs qu’une première étape dans une vaste entreprise de réédition et de mise en valeur du catalogue du label. A suivre…

Mute: Audio Documents est en écoute libre sur Spotify.

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