« L’oeil moderne » : Edvard Munch au Centre Pompidou, Paris, du 21 septembre 2011 au 9 janvier 2012


On a déjà parlé d’Edvard Munch sur Morningmeeting, pour un clin d’oeil au Cri, son tableau le plus célèbre, ou encore pour un compte-rendu de la désastreuse expo Edvard Munch ou « l’Anti-Cri » à la Pinacothèque de Paris. Cette fois-ci, c’est le Centre Pompidou qui s’y attaque, avec pour ambition de montrer que Munch (1863-1944), qu’on rattache souvent au XIXème siècle, était bel et bien un artiste du XXème siècle – au sens propre (la majeure de partie de ses œuvres a été réalisée après 1900) et figuré (ses préoccupations, ses idées, ses recherches esthétiques sont celles d’un homme du XXème siècle).

Thèse intéressante, et pour le coup, vraiment complémentaire de celle de l’expo de la Pinacothèque. Le résultat ? Un parcours vaguement chronologique, mais surtout thématique, montrant les thèses et obsessions de l’artiste, et les connexions de celles-ci avec le monde moderne. Courants d’idées, photographie, et même cinéma : Edvard Munch était branché sur tout ça. A rebours de l’image souvent véhiculée d’un Munch romantique, replié sur lui-même, solitaire et névrosé.

Ah, et toujours pas de Cri en vue, malheureusement… Il en existe pourtant plusieurs versions, Edvard Munch ayant eu, entre autres obsessions, celle de revenir plusieurs fois sur certains sujets et motifs : le Cri, donc, mais aussi Vampire, L’Enfant malade, Jeunes filles sur le pont, etc. N’empêche : Munch se faisant rare en France (peut-être trois ou quatre expos lui ont été consacrées depuis sa mort, soit depuis plus de soixante-cinq ans…), on aurait apprécié, au risque de passer pour un plouc.

A défaut, on prêtera plus particulièrement attention aux pièces suivantes :

  • Salles 1 & 2, « Prologue » et « Reprises » : elles mettent en scène six tableaux emblématiques, au motif repris et retravaillé par Munch jusqu’à l’obsession (dix versions différentes de Vampire). S’attarder plus particulièrement sur L’Enfant malade (1896) et Vampire (1893), donc.
  • Salle 4, « L’espace optique » : regroupe des tableaux à la composition (perspectives, cadrage, dynamisme) résolument « moderne ». Voir en particulier Meurtre sur la route (1919) et La vigne vierge rouge (1898-1900).
  • Salle 9, « Le monde extérieur » : ici s’affirme en particulier la volonté de montrer l’ouverture d’Edvard Munch au monde qui l’entoure. Événements relatés dans les journaux, comme les grèves et conflits sociaux, mouvements de foule, etc. – voir notamment le superbe Marins dans la neige (1910-1912). Bagarres dans lesquelles il est impliqué – voir La Bagarre 1932-1935, et ce personnage jaune qui ferait presque de lui le précurseur des Simpsons
  • Salle 10, « Dessiner-photographier » : Munch s’intéresse à la controverse peinture vs. photo. Il se préoccupe du statut de l’œuvre d’art, et de ce qui lui advient « à l’époque de sa reproductibilité technique » (titre d’un essai de Walter Benjamin daté de 1935). Sa série d’autoportraits pris à bout de bras, en retournant l’appareil sur lui-même (un geste aujourd’hui banal), est apparemment la première du genre dans l’histoire de la photo.
  • Salle 12, « Le regard retourné » : on culmine dans la modernité avec ces autoportraits (peints, cette fois-ci), dont la plupart datent de la fin de sa vie et portent effectivement l’empreinte de la mort imminente. Voir en particulier le très fameux Autoportrait entre l’horloge et le lit (1940-1943), mais aussi Le Noctambule (1923-1924), tout aussi frappant.

Exposition « Edvard Munch, l’œil moderne » : Centre Pompidou, Paris, du 21 septembre 2011 au 9 janvier 2012.

Information pratiques et renseignements sur le site du Centre Pompidou.

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