Exposition « Dogon » : musée du quai Branly, du 5 avril au 24 juillet 2011


Montrer les arts et les cultures « non-occidentaux », pour reprendre l’expression utilisée par le musée du quai Branly, pose un paradoxe intéressant, de nouveau illustré par l’exposition Dogon (un peuple dont le petit « pays », entouré de falaises, se situe aujourd’hui au Mali, près de la frontière du Burkina-Faso).

D’un côté, on est confronté à quelque chose de radicalement différent, si éloigné dans le temps, l’espace et la pensée, que cela ne peut être qu’exotique, voire hermétique. D’un autre côté, ces productions (statues, masques, objets rituels et objets de la vie quotidienne…) ont justement pour fonction de montrer, guider, initier et mettre en scène.

Bref, il y a beaucoup à voir, et de manière très démonstrative (couleurs, matières, motifs), et en même temps, on ne sait pas toujours ce que l’on voit. Les œuvres présentées font référence à des cosmogonies dont on ne sait pas si elles nous sont impénétrables (car saturées de symboles, de magie, de sens crypté…) ou trop familières (car au bout du compte, il est toujours question de création du monde, de sociétés humaines, de héros et de traîtres…).

L’expo Dogon adopte une réponse pragmatique.  Son fil directeur est la découverte de ces cultures, et leur reconstitution et classification par les ethnologues et anthropologues, à partir du XIXème siècle. Et, effectivement, comment rendre compte autrement de cultures et traditions vivantes, souvent orales, conçues à l’origine pour tout, sauf être exposées dans de grandes pièces blanches et chichement éclairées ?

Pour quelqu’un qui n’y connaît rien, comme moi, la meilleure façon de découvrir cette expo reste donc de flâner parmi l’importante quantité d’objets rassemblés (133 statuettes, 35 masques, 140 objets du quotidien, issus de collections privées et de musées du monde entier), et de recourir de façon ponctuelle aux cartons d’explications pour approfondir ce qui attire l’œil, et en particulier :

  • L’art statuaire , et les nuances de style entre peuplades de chacune des « sous-régions » du pays Dogon,
  • La « société des masques », et les très belles pièces zoomorphes exposées (masque crocodile, renard, oiseau…). La place de chacun de ces masques, leur rôle dans la société Dogon sont également présentés de façon très accessible. Je regrette seulement que les masques ne soient pas plus nombreux : il n’y a « que » 35 masques, pour 133 statuettes (maintenant, il est vrai qu’ils sont en nombre limité et codifié dans la société des masques, ce serait difficile d’en inventer de nouveaux…)

Sans même se plonger dans la complexité du système de représentation du monde des Dogon, la fascination opère. On comprend pourquoi les Surréalistes adoraient aussi.

Exposition Dogon : musée du quai Branly, du 5 avril au 24 juillet 2011.

Information pratiques et renseignements sur le site du musée du quai Branly.

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