« Sweeney Todd », Théâtre du Châtelet, Paris, du 22 avril au 21 mai 2011


Hum, comment dire ? Une comédie musicale ? Sans moi, a priori… Mais heureusement, avec ce Sweeney Todd – Le diabolique Barbier de Fleet Street, on est bien loin des superproductions cucul à la sauce TF1, type Dracula ou le Roi Soleil.

Je me suis d’ailleurs décidé sur un malentendu : ayant vu il y a deux-trois ans Edward aux mains d’argent (mais c’était un ballet, non une comédie musicale) au Châtelet également, je pensais que ce Sweeney Todd était lui aussi inspiré d’un film de Tim Burton.

Pas du tout : la comédie musicale de Stephen Sondheim (datée de 1979) trouve son origine dans une pièce du même nom de Christopher Bond (1973), et précède largement le Sweeney Todd de Tim Burton (2007) qui est, lui, une adaptation de la pièce.

Dans toutes ces adaptations, l’argument est à peu près le même : un barbier injustement condamné au bagne par un juge qui espère ainsi s’emparer de sa femme revient à Londres, après 15 ans d’exil, et projette de se venger. Le tout serti dans une ambiance Jack l’Éventreur (l’action se déroule en 1870) du plus bel effet.

Première raison d’aller voir cette pièce, les décors sont somptueux (peut-être un peu moins variés que ceux d’Edward aux mains d’argent), l’atmosphère gothique londonienne assez bien restituée. Le théâtre du Châtelet est un bel écrin pour ce type de productions.

Seconde raison, malgré quelques envolées lyriques de ci, de là, l’ensemble reste sobre, dynamique, pas trop kitsch. Le chœur est utilisée de façon particulièrement efficace. Les échanges entre personnages principaux (le Barbier, le Juge, Mrs. Lovett…) sont justes et souvent plein d’un humour aussi noir que subtil. Il n’y a que le personnage de Joanna qui est un peu falot (mais c’est peut-être moi qui ai un problème avec les personnages féminins trop virginaux et victimistes…).

Troisième raison, l’univers noir et sans concession apporte une touche de radicalité à la pièce. Si tout est fait au début pour qu’on se range du côté de ce « pauvre barbier », dont la vengeance paraît justifiée, les développements du personnage nous le montrent bien vite sous un jour nouveau : celui du « diabolique barbier », ce qui ajoute de la profondeur à l’intrigue. Et pas de happy end cucul !

Quatrième et dernière raison, la pièce développe un rapport au temps intéressant – c’est un des mécanismes principaux de l’intrigue. Entre trop attendre et se précipiter, les personnages font rarement le bon choix, et semblent rattrapés par les conséquences de leurs actes (ou par la fatalité, en bonnes victimes du destin). C’est particulièrement le cas du Barbier, qui, après 15 ans de bagne, ne sait probablement plus très bien où il en est…

Sweeney Todd, le diabolique Barbier de Fleet Street, au Théâtre du Châtelet, Paris, du 22 avril au 21 mai 2011.

Information pratiques et renseignements sur le site du Théâtre du Châtelet.

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