Expo « Mondrian/De Stijl » : Centre Pompidou, du 1er décembre 2010 au 21 mars 2011


Rapide retour sur une des expos phares du moment : Piet Mondrian et le mouvement De Stijl, au Centre Pompidou, visite commentée par Frances Guerin (vous pouvez lire son propre compte-rendu, en anglais, en cliquant ici).

Principale réussite de cette exposition : rappeler que le travail de Mondrian ne se résume pas à ses  compositions géométriques (lignes et carrés, couleurs primaires). Mondrian ne sort pas de nulle part, et même si sa démarche l’a rendu singulièrement célèbre et « à part ». Il doit beaucoup à son époque : ambition de représenter le « monde industriel » du début du XXème siècle, travaux de Theo Van Doesburg (fondateur de la revue De Stijl et donc, avec la collaboration active de Mondrian, du mouvement artistique du même nom), etc.

D’abord peintre quasi « naturaliste », de retour aux Pays-Bas aux alentours de la quarantaine, il évolue vers l’abstraction. Ses peintures s’assombrissent, toute couleur semble évacuée. Est-ce la grisaille du Nord ? On pense aux intérieurs extrêmement sombres peints par Van Gogh avant qu’il ne découvre le Sud de la France et ses paysages hauts en couleur.

Ce mouvement vers l’abstraction est pour Mondrian une façon de s’affranchir de la représentation, de développer, via l’épure, la simplification, un langage pictural simplifié mais d’autant plus puissant.

Tout cela l’amène à poser les bases du « néo-plasticisme » et à élaborer ses fameuses compositions géométriques utilisant la ligne droite et les couleurs primaires. On devine de ce recours aux couleurs primaires qu’il est comme l’aboutissement d’un travail sur la luminosité et la lumière, une dimension qui obsède Mondrian dès les origines. La lumière blanche n’est-elle pas comme la somme et la combinaison des couleurs primaires rouge, vert, bleu (c’est la synthèse additive) ?

Prises isolément, ces peintures peuvent laisser perplexes, juxtaposées (comme le fait judicieusement le Centre Pompidou), elles se répondent, dialoguent. Piet Mondrian insistait sur le caractère aléatoire du placement et de l’accrochage des œuvres.

Pourtant, il semble qu’il y ait du sens, qu’on nous présente là une partie d’un plus grand tout. Le cerveau veut reconstituer du sens. L’être humain est davantage irrité par une conversation téléphonique tenue par un voisin que par une conversation entre deux personnes physiquement présentes dans la pièce. Pourquoi ? Des scientifiques ont récemment prouvé que, dans le cas de la conversation téléphonique, le cerveau ne reçoit qu’une moitié de l’information (l’autre partie étant inaudible). Cela active une sorte de réflexe situé dans une zone quasi-reptilienne du cerveau : essayer à tout prix de reconstruire le sens général de la conversation, car ne pas tout saisir, tout comprendre, affole ce cerveau, le désoriente. Dans la nature, il peut en aller de la survie de l’individu…

Bref, nous voilà face aux tableaux de Mondrian comme face à une langue étrangère, un nouveau langage visuel au sens propre du terme. C’est cela qui nous désoriente et affole notre perception, notre jugement.

L’expo se clôture enfin par les nombreuses passerelles entre le mouvement De Stijl et l’architecture. Enfin une expo blockbuster qui fait plaisir. Visite conseillée.

Exposition Mondrian/De Stijl : Centre Pompidou, du 1er décembre 2010 au 21 mars 2011.

Information pratiques et renseignements sur le site du centre Pompidou.

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