The Unilever Series : « Sunflowers Seeds » de Ai Weiwei à la Tate Modern, Londres, du 12 octobre 2010 au 2 mai 2011


Vu le lendemain de la visite à la Saatchi Gallery l’installation Sunflower Seeds de l’artiste chinois Ai Weiwei. L’œuvre est exposée à la Tate Modern, dans le grand hall d’entrée (le turbine hall), dans le cadre du mécénat d’un grand groupe lessivier.

Elle occupe en fait une bonne partie du hall, puisqu’elle consiste tout bonnement en un épais tapis formé de plus d’une centaine de millions de graines de tournesol qui recouvre le sol de béton de la Tate Modern.

Cette manière d’utiliser l’espace d’un musée ou d’une galerie me rappelle l’installation de Richard Wilson à la Saatchi Gallery (un billet commun sur ces deux œuvres s’impose d’ailleurs…). Bon, très bien, me direz-vous, et alors ?

Et alors, les apparences sont trompeuses… Ces millions de graines ne sont pas  de vraies graines de tournesol, mais des reproductions en porcelaine, fabriquées dans une région de Chine dont c’est la spécialité, selon des méthodes semi-artisanales, et toutes peintes et finies à la main. Ce projet a rythmé la vie d’un village entier pendant près d’un an et demi, et fournit du travail à 1 300 artisans chinois.

Un film passionnant projeté à la Tate Modern revient en une vingtaine de minutes sur la genèse de ce projet. On y voit Ai Weiwei parcourir les différents sites de production et commenter chaque étape, depuis les carrières où l’on extrait la matière première, jusqu’aux chaumières où paysans, artisans, femmes au foyer nettoient puis peignent à la main chaque graine de tournesol.

Derrière le choc visuel que l’installation procure au visiteur, c’est surtout la symbolique globale de l’œuvre qui frappe. L’œuvre est tout à la fois :

  • Un commentaire  social : sur les conditions de production en Chine, d’organisation du travail et des savoir-faire, avec un clin d’œil malicieux au Made in China
  • Un commentaire politique : la graine de tournesol a été choisie à la fois en référence à Mao Zedong (qui a déclaré quelque chose dans le genre de « je suis comme le soleil vers lequel tous les Chinois se tournent, tels des tournesols », je cite de mémoire), mais aussi au fait que la graine de tournesol est une nourriture basique, populaire, qu’on partage typiquement entre amis, chez soi ou dans la rue. Il y a donc dans la graine de tournesol une tension entre devenir « macro » (le rappel des années Mao et du collectivisme) et « micro » (l’entraide, la solidarité entre amis, collègues, gens d’un même village…), entre la « foule » (la centaine de millions de graines) et « l’individu » (chaque graine fabriquée main est en cela unique).
  • Un acte militant, puisque sa réalisation a fourni du travail et une source de revenus à tout un village pendant plus d’une année.

Voilà qui devrait en réconcilier plus d’un avec les œuvres XXL et les installations ou performances, dont le sens et l’esthétique est parfois difficile à pénétrer.

The Unilever Series : Sunflowers Seeds de Ai Weiwei à la Tate Modern, Londres, du 12 octobre 2010 au 2 mai 2011. Entrée gratuite.

Renseignements et détails pratiques sur le site de la Tate Modern.


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