Clip vidéo « Wrong » de Depeche Mode : l’envers de l’envers n’est pas l’endroit…


Depeche Mode, Sounds of the Universe

De leur propre aveu (lire les déclarations de Martin Gore et Andrew Fletcher dans le magazine Noise du mois de juin 2009), les clips produits dans les années 80 par les groupes new-wave (dont Depeche Mode) se signalaient plus par leur esthétique kitsch que par leur contenu provocant (à l’exception peut-être de « Relax », de Frankie Goes to Hollywood, qui mariait les deux…).

De ce point de vue, Depeche Mode se bonifie avec le temps. Le clip vidéo de « Wrong », premier single de leur dernier album en date Sounds of the Universe, est d’une noirceur et d’une violence qui marque les esprits et fait parler du groupe, trente ans après sa formation (cliquez sur ce lien pour voir la vidéo sur YouTube).

« Two wrongs doesn’t make a right« , dit un proverbe anglais. On pourrait le traduire, comme le fait l’artiste Jean Daviot dans son œuvre vidéo La perte politique, par « l’envers de l’envers n’est pas l’endroit ».

Démonstration en trois temps, d’après le clip de « Wrong » :

  1. L’endroit (« right » side), ce serait un homme prenant sa voiture et se rendant d’un point A à un point B, en roulant normalement, en marche avant.
  2. L’envers (« wrong » side), ce serait la même séquence, mais montée intégralement à l’envers. Le conducteur part du point B, et roule en sens inverse jusqu’au point A.
  3. L’envers de l’envers (« wrong » side of the « wrong » side, soit le clip de « Wrong) », c’est quand un conducteur se rend d’un point A à un point B, mais en marche arrière et à contresens…

Bien entendu, « l’envers de l’envers », situation anormale par excellence, n’est possible que sous la contrainte : l’homme, masqué, bâillonné et ligoté, a visiblement été placé là par des individus mal intentionnés…

La double inversion subie dans ce scénario n°3 ne réplique donc pas exactement la chronologie du scénario n°1. Au fond, peu importe que l’homme aille d’un point A à un point B, ce qui nous intéresse, ce n’est pas le point B (l’accident et la mort probable du conducteur, qui nous sont dévoilés), mais ce qui s’est passé avant, dans les minutes ou les heures qui ont précédé le démarrage forcé du véhicule…

La tension dramatique et le malaise créés par cette vidéo naissent donc également de cette double inversion qui ne rétablit pas le cours normal des événements. L’envers de l’envers n’est pas l’endroit…

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