Du neuf avec de l’abstrait : « Abstract America: New Painting and Sculpture », à la Saatchi Gallery


Façade de la Saatchi Gallery, Duke of York's HQ, Londres

Tiens, qu’est-ce que ça peut donner, de « nouvelles peinture et sculpture » en matière d’art abstrait aux États-Unis ? Eh bien, c’est pas mal du tout !

Visite le week-end dernier de l’exposition Abstract America: New Painting and Sculpture à la Saatchi Gallery, fondée par l’ancien publicitaire Charles Saatchi et récemment installée dans le domaine du Duke of York (près de Sloane Square, à Londres). On peut y voir jusqu’au 13 septembre 2009 des œuvres qui, pour être « abstraites », n’en sont pas moins frappantes (ceci expliquant d’ailleurs cela). Voici une sélection de coups de cœur personnels.

Mark Bradford, également repéré à la Tate Modern, présente ici deux autres toiles de très grand format : Kryptonite (2006) et White Painting (2009). Même technique de collage et de peinture, qui produit des œuvres ressemblant souvent à des plans de villes vues du ciel, mais dans lesquelles il y a bien plus que ça : critique des injustices urbaines, des conflits de territoires, des mégapoles en perpétuelle expansion…

Mark Bradford, Kryptonite (2006) Mark Bradford, White Painting (2007)

Carter présente, dans une série sans titre datée de 2007, un foisonnement de têtes étranges dont seul le contour apparaît nettement.

Carter, Untitled (with Abstract Paintings) 2007 #6, 2007Dans l’espace clôt que ces contours délimitent, une multitude de petits éléments colorés pullulent comme des bactéries dans une boîte de Pétri. On voit surgir la possibilité qu’ils se constituent en traits distinctifs de chaque individu : un œil, une moustache, des cheveux ou des poils…

Mais quelque chose de sinistre dans cette mise en scène invite à réfléchir à des questions aussi essentielles que l’identité, le corps, le rapport au soi et les manipulation de la science.

Ryan Johnson crée de grandes figures épatantes, dont ce Watchman (2008) de plâtre particulièrement inquiétant.

Ryan Johnson, Watchman (2008)

Le bestiau, aux tripes faites de trousseaux de clés et à la patte prise dans le ciment, personnifie à la perfection toute une galerie d’archétypes de rôdeurs bizarres et monstrueux.

J’y rattache pêle-mêle : l’Ange du Bizarre d’Edgar Allan Poe, les costumes dadas d’Hugo Ball, le Rôdeur sur le Seuil de H.P. Lovecraft, les costumes de scène des Residents, ou encore le danseur mis en scène par Boris Achour à La Force de l’Art 02.

Jacob Hashimoto crée de stupéfiantes « peintures » en 3D en utilisant les techniques traditionnelles de fabrication de cerfs-volants.

Jacob Hashimoto, Continent (2007)A l’aide de papier de riz, de couleurs, de suspensions de bambou et de ficelles, il assemble des panneaux muraux aussi délicats que fuyants.

La composition, sensible aux mouvements de l’air, à la lumière, aux vibrations de la pièce, change subtilement d’aspect selon la position du spectateur. L’ensemble évoque aussi la puissance magique des dreamcatchers, ces fétiches attrape-rêves confectionnés par les Indiens d’Amérique.

Enfin, le sous-sol de l’exposition abrite toujours l’installation polémique de Sun Yuan et Peng Yu, deux artistes chinois. Old Persons Home (2007) met en scène treize mannequins de cire reproduisant de façon rès réaliste les traits génériques de grands leaders de ce monde (militaires, dictateurs, sultans, bureaucrates, etc., tous les stéréotypes du pouvoir sont ici représentés).  Réduits à l’état de vieillards impotents assis dans des fauteuils roulants, les grands hommes se déplacent lentement et s’entrechoquent parfois dans une grande pièce vide. Le choc des fauteuils, façon auto-tamponneuses, remplace à sa façon les conflits planétaires.

Sun Yuan et Peng Yu, Old Persons Home (2007)

Abstract America: New Painting and Sculpture, du 29 mai au 13 septembre 2009. Renseignements et détails pratiques : http://www.saatchi-gallery.co.uk/index.htm.

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