Faut-il sauver les soldats Iggy Pop et Michel Houellebecq ?


Préliminaires d'Iggy Pop, sortie le 18 mai 2009

Grave question. L’un (Iggy Pop) possède un pedigree de parrain du punk sans faille. L’autre (Michel Houellebecq) est à la fois un auteur au succès colossal et l’un des écrivains les plus mal compris et les moins bien lus (à mon humble avis). Leur rencontre, à l’occasion de la parution du nouvel album d’Iggy (Préliminaires, inspiré de La possibilité d’une île de Houellebecq), devrait logiquement susciter l’intérêt, voire même l’enthousiasme, et pourtant…

D’Iggy Pop, on peut regretter sa mutation de phénomène proto-punk, puis glam et décadent, à « fashion freak » bronzé et bodybuildé, posant pour Zadig & Voltaire ou tournant des pubs pour SFR (marrante, au demeurant). Je ne suis pas du genre à reprocher à un artiste d’avoir du succès, mais je trouve quand même ses derniers albums plus faibles que ce qu’il a pu produire à une époque, ou que sa légendaire tirade télévisée sur le punk rock (reproduite sur le bien nommé « Punk Rock », premier titre de l’album Come On Die Young de Mogwai).

De Michel Houellebecq, je dirais que c’est un bon essayiste, qui a le don de s’attaquer à des sujets pertinents, avec un angle neuf, convaincu et souvent convaincant. C’est un poète très correct également. Et, finalement, c’est un romancier inégal, dans la mesure où la forme poétique ou l’essai lui conviennent mieux. Mais l’époque dicte la forme roman, et Houellebecq, auteur rusé, sait parfaitement jouer avec le milieu littéraire, les critiques et les lecteurs… sans toujours éviter les retours de flamme. La possibilité d’une île est à mon avis l’un de ses tout meilleurs romans, mais d’énièmes polémiques et un film qu’on dit raté l’ont plutôt desservi.

Et l’album, dans tout ça ? Il sort le 18 mai. Vous n’échapperez pas au plan marketing, forcément taillé sur mesure pour la France : trailer sur YouTube, couv’ du Technikart du mois de mai, pochette dessinée par Marjane Satrapi (voir ci-dessus), passage d’Iggy et de Michel chez Emma de Caunes le 27 avril pour un show bizarre et un peu bancal (lui offrant tout de même un record d’audience)… A l’écoute, l’album est farci de ballades, de sonorités jazzy, de spoken words, à des années-lumières de ces guitares « qu’à un moment donné, (Iggy) en avait marre d’entendre » ainsi que « toute cette musique de merde » (il parle pas de lui, là, quand même ?). Un concept « zazou » et jazzy, à mi-chemin entre La Nouvelle-Orléans et Saint-Germain-des-Prés…

Alors, coup de génie artistique désinvolte et post-tout (post-rock, post-post-moderne, post-post-post-punk…) ou répétition, sur le plan musical, du bide  littéraire fait en octobre dernier par Ennemis publics, l’autre improbable duo Houellebecq-BHL ? Verdict mi-mai.

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