« Les Romanov, Tsars collectionneurs » (du 26 janvier au 29 mai 2011) et l’espace collections permanentes, Pinacothèque de Paris


J’ai un problème avec la Pinacothèque de Paris. L’ambition de son fondateur et directeur, l’historien et critique d’art Marc Restellini, est admirable, mais il y a quelque chose qui cloche dans les expos.

Le musée a ouvert ses portes en 2007, avec l’ambition affichée de créer un lieu unique, un petit écrin de prestige dans Paris pour accueillir des expositions populaires et de qualité, le tout financé sur des fonds privés. Un truc qui n’existait pas vraiment à Paris, pas sous cette forme en tout cas. On applaudit des deux mains.

D’après ce que  j’ai vu ou lu (de loin, parce que la polémique ne m’intéresse pas plus que ça), Marc Restellini ne s’est pas fait que des amis dans le monde de l’art. Mais là aussi, ce n’est pas un problème – ça le rendrait même plutôt sympathique !

Là où il y a un problème, c’est que, hormis l’expo Jackson Pollock et le chamanisme, qui m’avait laissé un très bon souvenir, les suivantes m’ont considérablement déçu (notamment Edvard Munch ou « l’Anti-cri »). Le nouvel espace dédié aux collections permanentes de la Pinacothèque (sobrement baptisé Les Collections), inauguré le 26 janvier dernier, ne fait pas exception.

Pourtant, une nouvelle fois, l’ambition est là. Il y a de la surface. L’intention d’héberger des collections (privées pour certaines) que le public a rarement l’occasion de voir est louable. Le fait de les présenter par « thèmes » (plutôt que dans un ordre aléatoire ou chronologique) facilite l’appropriation des œuvres par le grand public, et les recoupements d’une époque à l’autre. Ça permet notamment de remettre les œuvres contemporaines dans un contexte moins abrupt, plus acceptable pour un public non averti.

Alors, où est le problème ? Tout simplement là : les expositions sont mal fichues, les espaces trop étroits, la fréquentation trop importante, les commentaires et guides bâclés et pas du tout mis en valeur. On piétine derrière les œuvres. La luminosité est très mauvaise (vous me direz que c’est pour protéger les peintures, OK…), un phénomène aggravé par les tons très sombres des murs, du sol, des plafonds. Il y avait sûrement moyen de faire mieux, sans pour autant mettre en danger les peintures. Mais surtout, les panneaux d’explications et de commentaires sont mal rédigés, impossibles à lire car placés dans des recoins où il est difficile de se tenir.

L’exposition Les Romanov, Tsars collectionneurs, une collection temporaire hébergée dans ce nouvel espace des Collections, présente tous ces défauts. Un samedi d’affluence, ça peut vraiment suffire à gâcher la visite…

Parlons enfin quand même un peu du fond de cette expo… Celle-ci, ainsi que sa voisine Esterhazy, sont un hommage au principe des collections privées. Avec les Romanov et les Esterhazy, on assiste à la naissance du collectionneur privé moderne. C’est d’ailleurs pour se placer dans cette filiation que ces expos, toutes temporaires qu’elles soient, sont présentées dans l’espace des Collections, en tant qu’événement inaugural.

L’expo Romanov a été scénarisée et organisée avec le concours du musée de l’Ermitage (l’héritier des collections Romanov). Elle présente l’ensemble des œuvres rassemblées en l’espace de quelques siècles par les Tsars. On suit donc, à travers les différentes vagues d’acquisition d’œuvres, l’évolution des relations politiques et diplomatiques entre la Russie d’alors et les États, royaumes d’Europe de l’Ouest (cette partie-là des explications est plutôt bien fichue, il faut avouer). Ça commence avec la rencontre de la Russie byzantine orientale de la fin des années 1600 avec une Europe qui s’apprête déjà à entrer dans le siècle des Lumières. Puis, avec Alexandre Ier, la collection s’enrichit d’un très riche corpus d’œuvres espagnoles. Ensuite, des œuvres françaises, hollandaises, italiennes, etc. viendront rejoindre les collections, selon les goûts du souverain et l’habileté des diplomates en poste dans les capitales de l’Ouest (souvent en première ligne des négociations avec les marchands d’art). Tout ce fonds donnera naissance au musée de l’Ermitage, à Saint-Pétersbourg.

Au hasard des découvertes de salles en salles, et toujours au coup de cœur, quelques peintures qui ont retenu mon attention :

  • Jean-Baptiste Greuze :  Portrait de jeune homme au chapeau (1750), celui-là même qui figure sur les affiches de l’expo.
  • Francisco Ribalta : une Crucifixion (1582) et un Martyre de Sainte-Catherine (1600) dont certains détails paraissent presque cubistes avant l’heure.
  • Une formidable Annonciation (1630) de Pedro Nunez del Valle, dans un style médiéval flamboyant : perspectives rudimentaires, têtes d’anges kitsch poussant en grappes au pied de l’archange Gabriel…

Exposition Les Romanov, Tsars collectionneurs : Pinacothèque de Paris, les Collections, entrée par le 8 rue Vignon, du 26 janvier au 29 mai 2011.

Information pratiques et renseignements sur le site de la Pinacothèque.

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