McDonald’s France, un ami de trente ans : « Et soudain, ils se parlèrent… »


Pour ses 30 ans, McDonald’s France s’est payé un drôle d’objet avec un drôle de nom. « Et soudain, ils se parlèrent… », 30 ans de vie française, aux éditions du Cherche-Midi, est un gros livre-objet à la présentation soignée, rempli de textes et d’illustrations. Un vrai beau-livre de table basse, imprimé à partir de « sources durables » comme il se doit. Il retrace trente ans de vie française, trente ans d’évolutions sociales, économiques, culturelles, donc, depuis l’ouverture du premier McDonald’s à Strasbourg en 1979.

Si c’est un objet publicitaire, pourquoi en parler ? Parce que le livre est vraiment très bien conçu, la présentation très soignée, très graphique, et que le fond n’est pas oublié. Il rassemble des entretiens ou contributions de près d’une quarantaine d’observateurs ou d’acteurs de la vie sociale de ces trente dernières années. Certaines signatures sont de très bon niveau, notamment parmi les sociologues : Michel Maffesoli, François Cusset, Théodore Zeldin… D’autres chapitres sont plus récréatifs. Certains font le point sur 30 ans de succès au box-office, depuis Le Gendarme et les extra-terrestres (1979) à Bienvenue chez les Ch’tis (2008), d’autres reviennent sur les objets, les jouets et le design culte de ces trois dernières décennies. Il y a même une nouvelle inédite de Douglas Kennedy, en français et en anglais, un remix de Patrick Coutin par Bob Sinclar, des dessins spécialement réalisés pour l’occasion par Gotlib, des analyses d’émissions télés, des unes de magazines et de quotidiens…

McDonald’s est bien sûr présent en filigrane dans ces entretiens, mais sans lourdeur. La marque occupe la place normale qu’elle se doit d’occuper dans tout panorama de la société française, et de sa culture pop, sans être mise en avant de façon exagérée.

J’aime aussi ce livre parce qu’au fond, il me rappelle, avec davantage de « substance », ces encyclopédies en images pour les enfants et les jeunes ados que je lisais dans les années 1980. Ces ouvrages portaient des titres du style Le grand livre de l’année 1984. Ils contenaient énormément d’illustrations, et couvraient à peu près tous les sujets : les découvertes scientifiques, les courants musicaux, les exploits sportifs, etc. Je me souviens notamment d’une photo de The Cure, maquillés à outrance (à peu près celle reproduite ici) qui m’avait beaucoup impressionné…

Enfin, « Et soudain, ils se parlèrent… » se termine sur un chapitre fort intéressant, intitulé « Vivement demain ». Les auteurs ont mis à contribution une classe de CE1 (moyenne d’âge 8 ans), et leur ont demandé de dessiner le monde du futur. Tous les dessins des enfants sont reproduits, accompagnés d’un texte très bref que je trouve très curieux. Les auteurs y rappellent que, « Il y a trente ans, lorsqu’on demandait aux enfants de dessiner l’an 2000, navettes spatiales, voitures volantes et alimentation en capsule se disputaient la vedette ». Ils constatent que, 30 ans plus tard, cette vision a radicalement changé, les enfants dessinant dans certains cas

« …des paysages et des populations à l’aspect presque primitif. Alternant entre petites maisonnettes de bois et tipis, couples vêtus de pagnes et végétation géante, l’omniprésence de la nature contraste avec les représentations de la génération précédente dans lesquelles primait l’urbanité ».

C’est signe, selon les auteurs, d’optimisme. Pourtant, je ne sais que penser d’un futur où l’on imagine avant tout l’homme en retrait, ses villes singulièrement absentes ou presque, et lui-même revenu à cet « aspect presque primitif », vivant dans des « tipis » et « vêtu de pagnes »… A ceci près bien sûr qu’il s’agit de représentations imaginées par des gamins, et que dans leur vision la nature est belle est généreuse (ce qui fait une grosse différence, certes), je ne peux pas m’empêcher de rapprocher cette vision de celle de Cormac McCarthy, l’auteur de The Road. Une humanité post-apocalyptique, vêtue de haillons, vivant dans des abris précaires, et devenue si bestiale dans son fonctionnement qu’au fond, on aimerait souhaiter la voir céder la place à la nature, qu’elle redevienne aussi belle et luxuriante que dans les dessins de la classe de CE1 de Condamines… N’imaginer de futur à l’homme que dans le retrait, et dans une nouvelle de forme de retour, voir de soumission, à l’animalité et à la nature, est-ce vraiment une preuve d’optimisme ?

Pour finir, (on me l’aurait dit, que je n’y aurais pas cru !), je trouve même que ce livre, tout McDo qu’il soit, est à recommander comme cadeau de fin d’année aux amoureux de beaux-livres et de culture socio-pop éclectique et digeste.

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