Un quart d’heure après Le Grand Monde d’Andy Warhol…


Le Grand monde d'Andy Warhol au Grand Palais
« Ethel Scull 36 Times », 1963, Andy Warhol (1928-1987) – © 2009 Andy Warhol Foundation for the Visual Arts Inc. / Adagp, Paris 2009

La visite de l’exposition Le Grand monde d’Andy Warhol (une galerie de quelques 250 portraits – essentiellement des célébrités) au Grand Palais à Paris a confirmé mes impressions d’avant visite, mais a aussi permis de mettre des mots plus justes dessus.

Le côté mercantile et industriel de la production artistique d’Andy Warhol, la fréquentation des grands de ce monde et la façon de courir après leurs commandes ne sont pas des faux procès (« en 1974, son activité de portraits lui rapporte environ un million de dollars par an », dixit le commentaire de l’exposition). Andy Warhol le reconnaissait et s’en accommodait d’ailleurs – sans ressentir le besoin de s’en justifier, ce qui est tout à son honneur.

Mais au fond, ce qui me dérange dans ces portraits, ce n’est pas leur côté mercantile, que je comprends tout à fait, c’est plutôt leur conservatisme, voire  leur côté réactionnaire. A force de mettre en équation le beau, l’argent, le pouvoir et la célébrité, Andy Warhol ne fait que tenir jusqu’à l’écoeurement un discours tautologique sur l’Amérique des Trente Glorieuses. A parcourir cette galerie de portraits, on ressent un peu la même impression que celle du narrateur de La Nausée lors de sa visite d’un petit musée de province où sont exposés les portraits des notables locaux (« Adieu, beaux lys tout en finesse dans vos petits sanctuaires peints, adieu, beaux lis, notre orgueil et notre raison d’être, adieu, Salauds »). Comme Warhol l’écrit lui-même au sujet de son art du portrait, en toute franchise, « omettez toujours les défauts – ils ne font pas partie de la bonne image que vous souhaitez » (Ma philosophie de A à B).

L’oeuvre An American Lady (1976) est particulièrement éclairante de ce point de vue. Il s’agit d’un portrait qui, d’après les commentaires de l’exposition, ne cherche pas à glorifier le modèle, mais le restitue tel qu’il est. Une fois cela posé, il n’y a plus rien d’autre à en dire que de nous infliger la généalogie du modèle, filleule du directeur d’un des plus célèbres musées des Etats-Unis, etc. Le beau, le bien, le bon, le vrai, de la pure tautologie déclinée à l’infini en papier peint mural, dans des tonalités qui, vers la fin de la visite, commencent à faire mal à la tête.

A ces portraits de commande s’opposent les autoportraits, où une réelle tension artistique est palpable (notamment la série avec la « perruque panique » de 1986), comme si Warhol se permettait de faire avec sa propre image ce qu’il s’interdit de faire avec celle des autres.

Enfin, la dernière salle de l’exposition met en scène un Andy Warhol confronté à son obsession de la mort. Le tableau Skull (1976), réalisé lui aussi selon la technique de sérigraphie mise au point par Warhol, présente, au lieu d’un visage, un crâne avec un profil de tête de nourrisson en ombre portée, répété quatre fois. Selon le commentaire d’Alain Cueff, commissaire de l’exposition, ce tableau, réinterprétation moderne des « vanités » d’autrefois (memento mori…) véhicule « la vision synthétique de l’humanité » d’Andy Warhol.

Un tableau et une vision intéressants, certes, mais qui font justement regretter que l’immense majorité de son oeuvre soit davantage un regard qu’une vision, au sujet de people et non d’humanité.

Présentation de l’expo et infos pratiques sur le site de la RMN.

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