Planification urbaine (I) : comportements égoïstes, prix de l’anarchie et rappel à l’ordre


Rue de New-York, été 2008

Des chercheurs viennent de mettre en lumière le fait que les comportements égoïstes au volant (selfish driving) débouchent sur… des bouchons à l’échelle collective (merci à Pied-à-Terre qui m’a signalé cet article). Pas un scoop en soi, sauf que la conclusion à laquelle ils arrivent est, elle, assez novatrice. Et pourtant, elle ne me satisfait pas complètement…

En gros, les auteurs observent que le fait que chaque conducteur cherche en permanence à optimiser son trajet, en recherchant pour soi la route la plus rapide, conduit à la réalisation d’un équilibre sous-optimal pour la collectivité des conducteurs. Les auteurs baptisent l’écart entre cet équilibre sous-optimal et l’équilibre optimal prix de l’anarchie (Price of Anarchy).

A partir de modélisations informatiques et de mesures du trafic réel à Boston, Washington et Londres, ils arrivent à une conclusion à première vue paradoxale. Pour réduire les bouchons, il faudrait supprimer des routes, et non en créer de nouvelles. En effet, en réduisant le nombre de routes, on réduit les possibilités de choix offertes à chaque conducteur, et donc leur possibilité de nuire à la réalisation d’un équilibre optimal collectif.

Cette tension entre choix individuels et intérêt collectif me fait fortement penser aux théories des jeux et des externalités. Habituellement, ces théories démontrent la vertu d’une coordination collective pour échapper aux impasses du libre jeu des intérêts individuels (conflictuels par nature). Cet exemple des trajets intra-urbains ne fait pas exception, puisque, si le bien-fondé des travaux de ces chercheurs se confirment (ils sont encore en développement), il reste raisonnable de faire appel aux pouvoirs publics pour aplanir les difficultés de circulation. Le remède est nouveau (fermer des routes plutôt qu’en ouvrir), mais le volontarisme et l’interventionnisme  restent les mêmes.

Pourtant, les résultats de cette étude me laissent sur ma faim. En particulier, je ne sais pas si les chercheurs ont intégré au modèle les changements apportés par les nouvelles technologies type GPS. Quel est l’impact de ces nouveaux outils ? Est-ce qu’ils renforcent le selfish driving, en rendant plus efficaces les stratégies individuelles, et donc, dans la logique du modèle, plus nocives encore leur impact sur l’équilibre collectif ? Ou est-ce qu’au contraire, ils permettent un changement de paradigme qui invalide la logique du modèle et permet de réconcilier optimums individuel et collectif ?

Je me demande ce que vous en pensez… même si j’ai une petite idée là-dessus ! A suivre très bientôt…

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