Débat Internet et création : quelqu’un peut-il allumer la lumière, SVP ?


Broken light bulb

Tout part d’un échange avec un internaute au sujet du débat sur Internet, le téléchargement, la création artistique, etc. D’abord, il y a eu l’aspect troll de la réponse de cet internaute (me citer dans sa réponse, alors qu’il ne reprend aucun de mes arguments, et, pire, qu’il m’attribue des comportements que je n’ai jamais eus). Ensuite, le mécontentement. Enfin, la volonté de ne pas se laisser démoraliser pour si peu, et d’essayer d’élever le débat. Ce ne sont pas mes camarades de Pearltrees, et notamment Cratyle, qui vont me contredire !

Ce que je veux faire ici, c’est lister les arguments qui me viennent à l’esprit suite à ce début de controverse. Je ne prétend pas apporter des solutions (manquerait plus que ça !), mais simplement essayer d’y voir clair pour moi-même, et d’être sûr d’avoir fait le tour du sujet. Vos contributions, remarques, sources d’infos, etc. sont donc les bienvenues. Le reste (invectives, trolls, remarques bas-de-plafond) sera impitoyablement censuré.

La discussion originelle est visible à cette adresse. Je passe sur les éléments de troll, je n’y reviendrai pas. Ici, ce qui m’intéresse, c’est le fond (car il y en un peu malgré tout), et notamment la chute : « le fonctionnement de la société depuis le début de l’ère que nous vivons : pour posséder un bien, on doit le payer ».

Voici donc un premier tour d’horizon, assez peu « problématisé », de ce que ça m’inspire :

1. Le débat autour d’Internet reste viscéralement idéologique. On démarre au quart de tour et on dresse les uns contre les autres à coup de positions idéologiques.

2. La position idéologique de ce contributeur semble être claire : au sein d’un modèle libéral, démocratique et capitaliste tempéré, application des principes de l’économie marchande au domaine de la création artistique : « pour posséder un bien, on doit le payer ».

3. Pourtant, il existe d’autres doctrines, d’autres systèmes, d’autres façons de voir. Proudhon évidemment. Toute une philosophie libertaire qui inspire justement la position et même le langage et l’univers de référence de ceux qui se baptisent « pirates ».

4. Toute discussion qui suivrait cette ligne de partage manichéenne aurait de fortes chances de tourner à la foire d’empoigne…

Revenons au cadre de pensée libéral tempéré, puisqu’après tout, ce n’est pas un si mauvais modèle :

5. Dire que « pour posséder un bien, on doit le payer » est, après examen, une idée en partie erronée. Même les libéraux les plus purs reconnaissent que tout n’est pas soumis à l’échange marchand : doctrine minimale de l’Etat, soutenue par la théorie des externalités, et se traduisant par l’existence de « fonctions régaliennes » : éducation, justice, défense…

6. En France justement, cet interventionnisme est souvent invoqué dans le domaine culturel (un des avatars de « l’exception culturelle ») pour justifier le financement et le soutien à la création par des fonds publics (les FRAC par exemple).

Passons précisément au domaine de la création artistique :

7. Le postulat selon lequel la création artistique est une activité marchande comme une autre peut être contesté.

8. A contrario, on peut défendre l’idée qu’il existe une spécificité de la création artistique, qui fait que cette activité ne doit pas être traitée comme la production de pommes de terre ou la fabrication de boulons, dans l’intérêt des créateurs eux-mêmes.

9. Notamment, la notion même de propriété en matière de création artistique est complexe et pas assimilable au domaine de la production marchande classique : ici, on parle d’idées, de performances immatérielles, de possibilités de reproduction mécanisée exponentielles (Walter Benjamin doit se retourner dans sa tombe)…

10. Il est pour cela nécessaire de trouver des moyens (réglementaires, législatifs, juridiques, économiques…) pour s’assurer qu’aucune des personnes exerçant une activité artistique (le créateur tout d’abord, mais aussi le diffuseur, celui qui fait la promotion, etc.) ne soit lésée.

11. Il y a un socle théorique commun aux pratiques de création artistique (par exemple les notions de droits patrimoniaux et de droits d’auteur).

12. Mais les réponses ont toujours énormément varié, en fonction des pratiques artistiques, du tissu industriel qui s’est formé autour de ces pratiques, de l’intervention des pouvoirs publics, des intérêts privés, etc.

13. Ainsi, le cinéma est à la croisée d’un système de financement et de rémunération très complexe : CNC, Sofica, publicité, recettes partagées entre tous les acteurs de la filière, etc. L’édition a toujours eu à composer avec le droit de citation, la mise à disposition des oeuvres en bibliothèque, etc.

14. Bref, la création artistique a pour raison d’être de circuler, de se diffuser, et toujours selon des moyens et avec des spécificités qui ne sont pas celles d’un placement de produit en tête de gondole de supermarché.

15. Last but not least, les possibilités offertes par les nouvelles technologies présentent un défi pour les formes d’organisation actuelles de l’activité de création artistique. Il semble nécessaire de les réinventer afin que personne ne soit lésé.

Là aussi, pêle-mêle, quelques pistes envisageables. Je les liste pour mémoire et pour réaction, je ne sais pas si elles sont toutes applicables, envisageables telles quelles, etc. :

16. Une sorte de “prélèvement à la source” (comme la redevance télé), équitablement répartie entre créateur, diffuseur, promoteur, mixée avec un financement publicitaire par exemple.

17. Un système de mise en relation directe avec le créateur (sur le bon vieux modèle de l’oeuvre en souscription), ou bien, si le créateur n’a pas le talent commercial pour défendre directement ses intérêts face aux consommateurs, un intermédiaire type plateforme de mise en relation qui fasse la prod et la promo – Internet permet justement de faire ça, voir mymajormusic.com, etc.

18. Un effort pour développer les modes spécifiques, non “propriétaires”, et à valeur ajoutée, des oeuvres créées et diffusées : le “live” dans la musique, l’avant-première du film en présence de l’équipe, le one-man show sur scène, les spectacles vivants, les performances… tout cela a de l’avenir et peut tirer l’ensemble de la filière vers le haut en termes de qualité !

…avis éclairés bienvenus !

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