Alain Robbe-Grillet, disparu il y a un an


Alain Robbe-Grillet

Demain, ce sera le premier anniversaire de la disparition d’Alain Robbe-Grillet, un temps surnommé « le Pape du nouveau roman ». Je ne sais pas si j’aime le nouveau roman (je n’ai jamais rien lu de Nathalie Sarraute et je n’ai jamais réussi à dépasser les premières pages de La Modification de Michel Butor), mais j’adorais Robbe-Grillet.

Ses livres sont souvent difficiles à la première lecture. Un style précis, technique, appliqué. Une intrigue complexe, tissée de répétitions, de boucles, de variations. L’accent mis avant tout sur l’écriture, l’acte d’écrire lui-même, la création. « Le roman n’est plus l’écriture d’une aventure, mais l’aventure d’une écriture », écrivait Jean Ricardou au sujet du nouveau roman.

Cette complexité est pour moi une façade, ou plutôt elle dévoile une richesse. Celle d’un monde fabuleux, pétri de subjectivité. La fameuse objectivité du nouveau roman est pour moi un mystère quand on lit du Robbe-Grillet. Tout n’est qu’exploration de subjectivités multiples : les différents personnages, le narrateur ou plutôt les narrateurs successifs, le jeu voyeur/victime qui se renverse plusieurs fois… Et surtout, tout cela est porté par les obssessions de l’auteur lui-même, il ne s’en est jamais caché : intrigues pseudo-policières, fantasmes, mises en scènes SM, mais aussi un humour fin, parfois si simple, si inattendu, surgissant au beau milieu des intrigues les plus complexes qui soient.

Enfin, le personnage lui-même était très attachant. Il suffit de revoir l’une de ses dernières apparitions publiques, le 24 octobre 2007 chez Frédéric Taddéï (la vidéo était en ligne il y a quelque temps, mais je ne la trouve plus… help ?). On y voit un vieil homme vif et malicieux, capable de défendre son dernier livre (Un roman sentimental) contre toute accusation d’immoralité ou de pornographie à coups d’humour, de distanciation et de références bien senties :

« Il faut un effet de distanciation brechtien pour que la catharsis opère, sinon (avertit Aristote) la catharsis ne fonctionne pas et devient mimesis. Raconté avec trop de passion sensuelle, le récit n’est plus cathartique. »

Rien que d’écrire ce billet, ça me donne envie de relire Les gommes (son premier roman publié, et probablement le plus accessible), Projet pour une révolution à New-York (et sa scène de voyeurisme jubilatoire où une fille rousse, totalement nue, repasse consciencieusement ses vêtements en regardant la télé), ou encore Le voyageur, recueil d’essais, d’articles et de textes de conférences paru en 2001.

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