Les autocollants de la RATP, ou comment prendre les usagers pour des cons en une leçon


Un des autocollants de la ligne 13

Apparition cette semaine de petits autocollants sur les rames de la ligne 13. Ces petits autocollants font partie d’une campagne de communication de la RATP manifestement destinée à « éduquer » les usagers. Cette campagne a été entreprise suite à une enquête menée auprès des voyageurs en janvier 2009, et devrait durer du 10 février au 10 mars. Pour mémoire, la ligne 13 est probablement l’une des pires lignes de métro de tout Paris : saturée, inconfortable, peu fiable…

Collés sur les portes et les fenêtres des wagons, ces autocollants sont l’illustration parfaite du mépris avec lequel la RATP traite ses usagers. Petite analyse des principes sous-tendant la façon dont la RATP communique :

  1. Culpabiliser les usagers à l’aide d’un discours accusateur : « 1 seconde perdue en station = du retard sur toute la ligne ». Nooon, pas possible ??
  2. S’adresser aux usagers comme à des gamins, voire des déficients mentaux : « Retenir les portes, c’est retenir le métro »…
  3. Prétendre réfléchir et s’exprimer à la place des usagers en employant la première personne du singulier : « Les portes s’ouvrent, je laisse descendre », ou encore « Pour faciliter ma descente, je prépare ma sortie ».

Que les usagers adoptent un code de bonne conduite, OK. Mais le problème de fond est que le service est devenu tellement exécrable sur cette ligne (de même que sur le RER A, autre ligne victime de la campagne des autocollants) qu’elle est devenue une machine à générer des tensions entre voyageurs. Les conditions de transports (promiscuité, odeurs, conduite heurtée des trains, retards, etc.), surtout aux heures de pointe, rendent toute interaction sociale normale impossible. La RATP crée l’environnement pathologique dont, à travers cette campagne, elle accuse implicitement les voyageurs d’être responsables ! Je défie n’importe quel manager de la RATP de « préparer sa sortie » pour mieux « faciliter sa descente » un matin de semaine sur la ligne 13 : tout bonnement impossible compte-tenu de l’encombrement des rames.

Je discutais de cette campagne il y a deux jours avec un ami. Nos points de vue ont convergé. On a affaire à des chefs de projets et ingénieurs qui considèrent les usagers non pas comme les bénéficiaires du réseau de transport mais comme un problème à résoudre, comme « de la merde qu’il s’agit de pousser dans des tuyaux », pour reprendre son expression. C’est le syndrome de l’ingénieur autiste : « ah! que mon réseau de transport est beau, fiable et bien conçu, si seulement il n’y avait pas tous ces imbéciles pour monter dans mes trains, tout fonctionnerait tellement mieux ! »

Le vrai problème de la ligne 13, c’est la saturation du réseau, notamment à partir de Saint-Lazare et sur les deux branches qui bifurquent depuis la station La Fourche. Un problème qui s’est très clairement aggravé depuis que la RATP a eu la bonne idée de maintenir l’ouverture de deux stations supplémentaires sur la branche Asnières-Genevilliers. Cela a engendré un traffic quotidien supplémentaire de milliers de voyageurs depuis septembre 2008, sans solutions assorties pour améliorer un service déjà désastreux. Pour reprendre un langage compréhensible par la RATP : on a envoyé davantage de merde dans les tuyaux, sans en agrandir le diamètre…

Pour tous les galériens de la ligne 13, allez donc faire un tour sur cette plateforme interactive et interpellez les responsables de la RATP sur le sujet, et sur la seule solution envisageable : le dédoublement des deux branches, par exemple via le prolongement de la ligne 14 !

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