Exposition “Rockeurs, rêveurs et autres joyeux garçons” : photographies de Pierre Hybre à La Petite Poule Noire, Paris, du 28 mai au 31 juillet 2010


Ils ont de bonnes têtes, sinon de vainqueurs, du moins de conquérants. Ce sont les jeunes rockeurs de la scène parisienne, photographiés par Pierre Hybre. L’artiste a travaillé pendant deux ans dans les salles cultes de la jeunesse rock à Paris (le Gibus, la Boule Noire, le Triptyque…). Il en ramène des portraits surprenants et tout en finesse.

C’est qu’il a choisi un entre-deux qui fonctionne assez bien : ni photos de concerts classiques (sur scène, sous la lumière des projecteurs ou dans une semi-obscurité), ni photo documentaire. On dirait bien qu’il a fait poser la plupart de ses modèles, juste après leur passage sur scène, mais sans fard, sans mise en scène élaborée, sans retouches. Le résultat est un mélange de naturel, d’un peu de cette sauvagerie rock qui transparaît, et de réflexion, voire d’introspection dans les regards, le port de tête…

A première vue, l’exposition fait très « photo de famille ». Les petits groupes qui montent de la scène parisienne sont  tous là, et dans les portraits se succèdent les jeunes hommes (la jeune fille, à l’exception de quelques photos de fans, groupies et autres petites amies, est totalement absente), les visages en sueur, les cheveux hirsutes, les mégots négligemment tenus entre le majeur et l’index… On pense bien sûr à l’étiquette de baby rockeurs qui leur a été accolée, et aux stéréotypes que cette étiquette véhicule, celle d’une jeunesse plutôt bien née, plutôt propre sur elle. Comme si le rock était aux lycéens des 16ème et 7ème arrondissements ou de Versailles une version Canada Dry et socialement acceptable de ce qu’est le gangsta rap pour les banlieues américaines, soit une révolte un peu toc mais pas cheap, à l’image des boutiques et marques de fringues pas toujours données qui surfent sur cette tendance depuis 2003-2004 : April 77, Noir Kennedy, The Kooples…

Et puis, au détour de certains portraits, on aperçoit quelques signes poignants : un ongle ensanglanté, un front plissé, une expression certes rêveuses mais aussi soucieuse… La salle en sous-sol de la galerie expose quelques portraits de fans, on y projette aussi dix minutes d’un film montrant une prestation scénique tonitruante d’un des groupes. On s’imprègne petit à petit de la musique, on y décèle de la mélancolie, un peu de tragique. Une photo montre quelques fans ou musiciens (difficile parfois de les différencier) débraillés, autour d’une table de bistrot minable où trônent quelques cadavres de bière bon marché 33 Export. Une fête, donc, mais une fête de fauchés, une célébration de l’instant, mais sans lendemains qui chantent… qui a crié « No Future » ?

Nous sommes en 2010, et certains de ces baby rockeurs n’ont plus de baby que l’étiquette. Chapeau bas à ceux qui chercheront à durer : passé l’instant de gloire éphémère sous les projecteurs des médias, toujours à la recherche d’icônes générationnelles et de mise en scène (comme en témoigne l’expression baby rockeurs, pas forcément très flatteuse), il faut bien admettre que le métier de rockeur est ingrat, et qu’il faut se préparer à manger de la vache enragée. Aujourd’hui encore plus qu’hier d’ailleurs, étant donné l’état du business de la musique…

Rockeurs, oui, certainement, rêveurs, probablement, mais joyeux garçons ? Peut-être que leurs gènes de Parisiens ou de Versaillais les protègent d’être complètement bad boys, mais ce que l’on voit surtout, dans ces photos qui ne sont pas des clichés, ce sont, déjà, des adultes, portant tout le poids et le sérieux du rock sur leurs épaules.

Exposition « Rockeurs, rêveurs et autres joyeux garçons » : photographies de Pierre Hybre à La Petite Poule Noire, 12 boulevard des Filles du Calvaire, à Paris, du 28 mai au 31 juillet 2010.

Information pratiques et renseignements sur le site de La Petite Poule Noire.

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