Expo DreamTime à la grotte du Mas d’Azil : dans les cavernes, l’art moderne…


La grotte du Mas d'Azil - (c) Le Guide Ariège-Pyrénées

…ou, plus exactement, contemporain. En complément à l’entretien vidéo réalisé avec Jean Daviot (voir Artmeeting #002), voici un compte-rendu succinct de la visite de l’exposition DreamTime au Mas d’Azil.

Cette exposition, initiée en 2006 par Caza d’oro, Centre de Recherche et de création, Résidences d’artistes, a été conçue en diptyque sur les sites du Mas d’Azil (Ariège) et des Abattoirs (Toulouse). Le volet toulousain de l’exposition est déjà clôt (depuis le 30 août), mais la visite du site du Mas d’Azil et de l’exposition en cours valent le déplacement à eux seuls.

La grotte du Mas d’Azil est un site assez exceptionnel par son ampleur et par sa richesse. Il s’organise autour d’une galerie dite « monumentale », creusée par la rivière Arize qui transperce littéralement la montagne sur près de 500m de long. Il a servi, à travers les âges, de refuge aux populations humaines, que ce soit la civilisation de l’aziléen (nommée d’après le site lui-même), les premiers chrétiens persécutés au IIIème siècle, ou encore les protestants fuyant les représailles du royaume de France et de l’Église catholique au XVIIème siècle.

Les artistes qui exposent au Mas d’Azil ont été appelés à travailler, non seulement dans le respect du site (la moindre des choses), mais également en fonction du site et en référence à son histoire. Ils ont donc visité les lieux avec un conférencier afin de s’informer des spécificités de la grotte et d’orienter leur travail.

Parmi les nombreuses œuvres exposées (si l’on ajoute à l’exposition la visite du site préhistorique lui-même, sur lequel je ne m’attarderai pas, la visite peut durer plusieurs heures au total), je retiens plus particulièrement :

  • Pascale Marthine Tayou, Favela - Grotte du Mas d'Azil, 2009 - (c) André MorinDès l’entrée, et visible depuis la route en contrebas, la vertigineuse installation Favela de Pascale Marthine Tayou. L’idée : travailler à recréer, de façon très actuelle, la réalité du peuplement de cette grotte qui a pu accueillir, à certains moments de son histoire, des centaines d’habitants venus y chercher refuge.
    Son choix : installer une réalité sociale contemporaine connue de tous ou presque (le phénomène des favelas ou bidonvilles brésiliens) au cœur même du site, sous la forme d’une multitude de maisonnettes en carton en équilibre précaire sur les pentes de la grotte.
  • Sans titre, David Altmejd - Écriture de lune, Jean Daviot - Grotte du Mas d'Azil - 2009 (c) André MorinLe travail fait dans la bien-nommée « Salle du chaos », vaste espace constitué de nombreux paliers, passerelles et niveaux intermédiaires, est lui aussi assez époustouflant.
    David Altmejd présente  des figurines géantes d’êtres fantastiques, anges ou démons, personnages mythologiques au carrefour des représentations occidentales et orientales : êtres dotés d’ailes, d’attributs animaliers, de multiples bras et mains, etc. Surplombant l’ensemble de la salle, une Écriture de lune de Jean Daviot vient toiser les oeuvres et les spectateurs, tel un oeil cyclopéen en mouvement dans son orbite.
  • Sans titre, Miquel Barceló - Grotte du Mas d'Azil, 2009 - Illustration : Caza d'Oro, résidence d'artistesDans la Galerie des silex, espace dédié à l’exposition des pièces préhistoriques trouvées dans la grotte, Miquel Barceló propose une série de sculptures en bronze figurant des crânes et des variations autour du crâne, comme mise en scène d’un espace à la fois physique et mental, à l’image d’un intérieur (physique) de grotte auquel les ornements tracés par la main humaine confèreraient une dimension autre (mentale). Les pièces sont dispersées sur le sol de la salle, ou bien, ultime clin d’œil, présentées dans les étagères de verre qui abritent les collections de la grotte, voisinant ainsi avec les objets manufacturés par ses occupants préhistoriques, sans qu’il soit possible, au premier coup d’œil, de distinguer les unes des autres.

En réalité, il suffit d’étudier les réactions du public confronté à l’art contemporain pour prendre la mesure de ce clin d’œil. Témoin, cette mère de famille qui répond, à la question de son enfant, « non Kevin, c’est pas un objet préhistorique, ça fait pas partie de la grotte, c’est des meûssieurs qui ont fait des espèces de trucs un peu partout, là ». Triste de constater que, là où l’enfant fait spontanément preuve d’intérêt et de curiosité pour une production contemporaine, il faille que ses parents répriment son élan et dénient toute valeur à la fois à l’objet présenté et à l’intérêt qu’il suscite chez le sujet. Surtout quand on sait que, ironie, du sort, alors même que l’oeuvre d’art est faite sur mesure et authentique, le reste de la vitrine ne propose majoritairement que des facs-similés des œuvres préhistoriques originales…

Ce qui nous ramène à cette question fondamentale que je ne cesse de me poser : pourquoi donc est-il si difficile d’éveiller l’intérêt et la curiosité du public (sans parler même d’adhésion ou d’approbation…) pour la création contemporaine… ?

Exposition DreamTime à la grotte du Mas d’Azil, en Ariège, jusqu’au 11 novembre 2009. Informations pratiques sur le site web de la Grotte du Mas d’Azil.

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