Quelques éléments de réflexion au sujet de la polémique sur l’exposition « Our Body »…


Gunther von Hagens (AP Photo/Michael Probst)

Gunther von Hagens (photo) est l’inventeur de la méthode de conservation des corps par « plastination » qui est à la base de l’exposition « Our body, à corps ouvert », présentée à l’Espace Madeleine, à Paris, depuis le 12 férvier dernier. Cette exposition (une parmi les nombreuses expositions permanentes ou itinérantes fondées sur le travail de von Hagens), qui met en scène de vrais cadavres humains conservés par plastination, vient de se voir suspendue le 21 avril dernier par le juge des référés au Tribunal de Grande Instance de Paris. En cause notamment : l’origine des corps présentés au public, et la scénographie de l’ensemble, jugée attentatoire à la dignité humaine.

J’avais déjà touché un mot de l’exposition et des questions qu’elle suscite dans de précédents billets et dans les commentaires. Ce regain de polémique fait surgir des informations supplémentaires qui recoupent ou complètent certains éléments que j’avais déjà abordés :

  • Le Monde, dans un article du 22 avril relatant le jugement rendu par le TGI, souligne les similarités entre le travail de von Hagens et celui d’Honoré Fragonard (1732-1799). Des similarités qui m’avaient frappé, mais que je n’avais jusqu’à présent vu relever nulle part ailleurs. Notez d’ailleurs, dans l’article du Monde, la position du conservateur du Musée Fragonard, qui, tout comme la société Encore Events à l’origine de l’exposition « Our Body », se retranche lui aussi derrière l’argument scientifique – mais avec davantage de légitimité probablement.
  • J’avais montré, dans un précédent billet, à quel point la ressemblance physique et vestimentaire entre Joseph Beuys et Gunther von Hagens était frappante. Une ressemblance qui m’amenait à établir des points de comparaison entre les obsessions et les oeuvres respectives de chacun de ces artistes. J’ai trouvé une réponse de von Hagens à cette comparaison. Celle-ci me paraissait trop évidente pour être totalement fortuite. Et en effet, von Hagens reconnaît qu’on lui en fait souvent la remarque. Mais il explique que son habitude de porter un chapeau noir a plutôt à voir avec une peinture de l’anatomiste Andreas Tulp par Rembrandt. Il précise également qu’il s’agit là d’un symbole de son non-conformisme et de son individualisme farouche. Ce qui me fait à mon tour penser à cette réplique de Nicolas Cage dans Sailor et Lula (Wild at Heart en V.O.), au moment où une bande de voyous s’apprête à le dépouiller de sa veste en peau de serpent :

« Did I ever tell ya that this here jacket represents a symbol of my individuality and my belief in personal freedom? »

Un bon angle d’approche selon moi pour appréhender le travail de von Hagens et la polémique que cela suscite.

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