« Saatchi’s Best of British » : à la recherche de la nouvelle star de l’art britannique


Charles Saatchi

Charles Saatchi, ex-magnat publicitaire et célèbre collectionneur et mécène britannique, lance avec la BBC un « reality show » façon Nouvelle Star afin de dénicher de nouveaux talents artistiques en Grande-Bretagne.

Le principe. Les candidats soumettent leurs oeuvres via un site web dédié (phase de pré-sélection, déjà terminée). Un jury composé d’artistes et d’experts de réputation mondiale en sélectionne cinquante, invités à participer à une exposition à l’issue de laquelle Saatchi lui-même sélectionne six finalistes pour le show télévisé, diffusé cet automne (Saatchi’s Best of British).

La récompense. Les finalistes se voient offrir trois mois de formation artistique par de grands noms de l’art, sous l’oeil des caméras. A l’issue de ces trois mois, Charles Saatchi choisit un vainqueur, qui gagne une exposition personnelle en octobre prochain à Saint-Pétersbourg.

La polémique. Bien entendu, cette initiative a ses détracteurs. Pour certains, ce n’est qu’une opération mercantile pour que Saatchi gagne encore plus d’argent. Mais Charles Saatchi s’en sort déjà très bien comme ça, merci. Et il est notoirement discret médiatiquement.

Alors, pourquoi fait-il ça, et pourquoi sa démarche est-elle malgré tout digne d’intérêt ?

Mes réponses (100% subjectif).

  • Pour la récupération d’une forme de création télévisuelle controversée dès ses origines, et symbole d’une certaine télé-poubelle (Le Loft, L’Île de la Tentation…), afin de servir un projet plus « noble », la création artistique.
  • Pour la mise en valeur de l’importance du mécénat dans la création artistique. Incontournable à toutes les époques, dans toutes les cultures, le mécénat est souvent sous-estimé, voire méprisé en France, au nom d’une conception « romantique » de l’artiste. Celui-ci, seulement préoccupé de créer, affranchi du souci de gagner sa vie ou condamné à la bohème, devrait se faire un devoir de refuser tout argent privé. Seul serait légitime l’argent public, à travers les commandes de l’Etat, les subventions, les FRAC, etc.
  • Pour la transparence de cette initiative. Dans ce projet, et jusqu’à un certain point (Saatchi restant maître de ses choix, le public n’étant pas invité à voter, même s’il peut délibérer et commenter), les modalités d’allocation des moyens (les cours payés aux candidats, la récompense du vainqueur) et le processus d’émergence de l’artiste sont ici relativement transparents. Rappelons que Charles Saatchi a largement contribué à « faire », dans les années 90, les Young British Artists (Tracy Emin, Damien Hirst…), mais loin des caméras et du public, et au sein du sérail très fermé des galeries, collectionneurs fortunés et autres happy fews. Le producteur de la série  télé déclare ainsi qu’il s’agit d’une tentative de « démystification » de l’art – un concept très en vogue actuellement.
  • Pour le renouvellement des formes de soutien à la création artistique. Le seul exemple du débat hadopi en France montre qu’il est vital d’élargir les perspectives et de trouver de nouvelles formes d’accompagnement des artistes et de distribution de leurs œuvres. Damien Hirst lui-même, après sa rupture avec Charles Saatchi (2003), s’est illustré en devenant le premier artiste de son envergure à court-circuiter le système établi des galeries, préférant vendre aux enchères l’intégralité de son exposition Beautiful Inside My Head Forever chez Sotheby’s, en septembre 2008.

Conclusion. A quand un François Pinault, ou un Bernard Arnault, à la recherche du nouveau Pierre Soulages dans le PAF ?

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