Les Français et la résurrection : engagez-vous, rengagez-vous, qu’y disaient…


Vitrail de la Résurrection des morts, Sainte-Chapelle, Paris

Puisque ça va mal dans ce monde, tournons-nous vers l’autre. Mais le paradis aussi est en crise, si l’on en croit un récent sondage de TNS Sofres pour le magazine Le Pèlerin sur la résurrection.

Et là, déception :

  • Seuls 10% des Français croient en « La résurrection des morts auprès de Dieu », et 7% en « La réincarnation sur Terre dans une autre vie ». 33% estiment qu’il y a « Quelque chose, mais que je ne sais pas définir », et 43% répondent qu’il n’y a « Rien ».
  • Pourtant, quand on leur demande, non plus ce qu’ils croient, mais ce qu’ils souhaitent, les Français sont 14% à souhaiter ressusciter auprès de Dieu, et 20% à souhaiter se réincarner sur terre.

Re-déception(s) :

  • Le côté « flippé face à la vie » de l’être humain ressort très bien dans ce sondage, mais quelle tristesse et quel manque d’imagination dans ces réponses ! Les Français croient majoritairement qu’il n’y a rien après la mort, ou, au mieux, qu’il y a quelque chose d’indéfinissable. Mais un certain nombre d’entre eux souhaitent qu’il y ait une vie après la mort, vue comme résurrection (14%), ou, davantage encore, comme réincarnation (20%). Bref, ces Français-là en redemandent encore, sans trop imaginer d’autres options possibles que de rempiler sur Terre… Envie de prolonger l’expérience ? Ou peur de manquer de temps, de passer à côté de sa vie ?
  • Ainsi, une proportion non négligeable de Français vivent en souhaitant quelque chose auquel ils ne croient même pas. Cela me rappelle cette déclaration d’Antoine Waechter (citée par Michel Houellebecq dans Rester Vivant) : « Je me bats contre des idées dont je ne suis même pas sûr qu’elles existent ». Ambiance. L’espoir fait vivre, mais quand même…
  • Ensuite, les religions, dont le rôle est précisément d’apporter des réponses à ces angoisses, ont clairement du boulot. Le hiatus entre croyances et souhaits est particulièrement terrible pour elles, leur rôle étant précisément de développer la foi parmi leurs fidèles.

La religion catholique d’abord : quand on voit que le souhait de se réincarner (20%) dépasse le souhait de ressusciter (14%), alors même que la croyance en la réincarnation (7%) est plus faible que la croyance en la résurrection (10%), on se dit que la partie est plus difficile pour le Pape que pour le Dalaï-Lama. Pire : seuls 57% des catholiques pratiquants réguliers croient en la résurrection. Rappelons que le Credo,  immuable depuis dix-sept siècles, se termine par la formule « J’attends la résurrection des morts et la vie du siècle à venir »…

Mais au fond, la partie n’est pas mieux engagée pour les religions qui parlent de réincarnation (notamment les grandes religions orientales telles que le bouddhisme et l’hindouisme). La réincarnation n’y est grosso modo qu’un processus par étapes, tout le but étant de s’affranchir du cycle naissance-mort-réincarnation pour accéder à un état supérieur. Elle n’a donc pas vocation à être désirée pour elle-même.

  • Enfin, le sondage donne également des éléments de comparaison avec 1986. Sans surprise, la conviction du « Rien » progresse sensiblement. Cela confirme, une fois de plus, le recul du fait religieux dans la société française.

Seule lueur d’espoir dans tout ça : j’espère au moins que, face à de tels résultats, les journalistes vont enfin arrêter d’utiliser le cliché « la France, Fille Aînée de l’Eglise », sagement appris pendant leurs études de journalisme ou de sciences-politiques. Il y a bien longtemps qu’il ne signifie plus rien, pris en dehors de son contexte historique.

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