En ce moment au Musée Maillol : 1) Séraphine de Senlis, 2) l’avant-garde russe


Carré blanc sur fond blanc

Visite privée hier, en petit groupe, malheureusement au pas de charge mais avec un conférencier, du musée Maillol dans le 7ème à Paris. Deux expositions temporaires en cours : Séraphine de Senlis et « Vers de nouveaux rivages : l’avant-garde russe dans la collection Costakis ».

Séraphine Louis, dite « de Senlis », est une vraie découverte. Née à la fin du XIXème siècle, elle s’extrait de sa condition modeste (femme de ménage) pour devenir une artiste remarquée et particulièrement exaltée. Toute sa vie, elle ne peint que des motifs végétaux, des feuilles, des fruits ou des fleurs, mais, loin d’être de simples natures mortes, ses tableaux deviennent rapidement des compositions quasi-mystiques où jaillissent les formes, les couleurs, les matières picturales… Psychédélique avant l’heure !

La collection Costakis, elle, est consacrée aux artistes de l’avant-garde russe (début du XXème siècle). Elle s’organise principalement autour de deux courants qui se ressemblent aux yeux du profane que je suis : suprématisme et constructivisme. Même recours à l’abstraction, aux formes géométriques simples, à une certaine économie de moyens dans la composition et la peinture.

Pourtant, tout les sépare dès l’origine ! Une séparation clairement illustré par le travail des deux principaux chefs de file de ces mouvements : Kasimir Malevitch pour le suprématisme, Alexandre Rodtchenko pour le constructivisme. Alors que les fameux Carré blanc sur fond noir (1915) et Carré blanc sur fond blanc de Malevitch (1918 – photo) affirment le début de quelque chose,  le Carré noir sur fond noir (1919) élaboré par Rodtchenko en réponse à Malevitch marque la fin de quelque chose.

Du côté du suprématisme, le monochrome est libération de l’art, et ouvre la voie à toutes les recherches formelles et esthétiques possibles autour des symboles épurés que sont le carré, le cercle et la croix. C’est un triomphe de l’art, l’affirmation de la suprématie du sentiment pur, incarné dans des formes elles aussi pures, au-delà de toute signification immédiate.

Du côté du constructivisme, le monochrome est l’aboutissement de l’art, et donc aussi sa mort. Après cette mort, ne peut plus advenir que la nécessité de refonder l’art par l’utile, de fusionner acte créateur et impératif de production. C’est la naissance d’un art utilitaire, qui glorifie les réalisations de l’être industrielle et colle aux défis économiques, industriels et politiques de son temps (la Russie des soviets).

Personnellement, et au vu des oeuvres exposées au musée Maillol, je trouve que le suprématisme tient mieux l’épreuve du temps. Le constructivisme, par son souci de coller à l’époque, vieillit tout comme a vieilli le modèle industriel du XXème siècle, lui-même hérité de la première Révolution industrielle. Le suprématisme, en revanche, garde encore une part de sa force d’interpellation et d’interrogation. La jouissance esthétique et la jubilation intellectuelle face aux oeuvres suprématistes restent quasi intactes, un siècle après.

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