Expo « Marking Infinity », Lee Ufan au Guggenheim Museum, New-York, du 24 juin au 28 septembre 2011


Lee Ufan se présente comme un « artiste-philosophe ». « Philosopher, c’est créer des concepts », disait Gilles Deleuze. Logiquement, on dira donc que l’oeuvre de Lee Ufan est largement « conceptuelle ». Plus précisément, elle s’inscrit dans le mouvement Mono-ha ou « école des choses », un mouvement artistique de la fin des années 60/début des années 70 né au Japon (Lee Ufan a vécu et travaillé en Corée, au Japon et en France principalement). On pourrait rapprocher ce mouvement de l’Arte Povera italien ou de la mouvance Post-minimalism aux Etats-Unis.

Voilà pour les présentations savantes. Qu’est-ce que ça donne, sinon ? Une série d’œuvres effectivement minimalistes, mettant en scène, faisant « dialoguer » des traits de pinceau sur la toile, ou des éléments rassemblés sur le sol : pierres, plaques de verre, de métal, nuages de matière cotonneuse…

La série From Point (1972-1984) essaie de matérialiser, de rendre palpable le passage du temps : l’artiste trempe son pinceau dans le pot de peinture, puis brosse une série de points de couleur de gauche à droite sur une toile. La couleur s’estompe à mesure que la couleur se dépose, illustrant ainsi visuellement le passage du temps nécessaire à la production de l’œuvre.
Ce genre de toile s’accommode très bien de l’architecture du Guggenheim (la fameuse structure bauhaus en colimaçon blanc qu’on voit dans de nombreux films tournés à New-York) : la progression des points sur la toile suit ici la progression du spectateur dans l’expo, depuis le rez-de-chaussée jusqu’au sixième étage, dans un mouvement ascendant continu, en sens inverse des aiguilles d’une montre.

A partir de 1968, Lee Ufan baptise toutes ses créations Relatum (relation), et va même jusqu’à renommer ses œuvres antérieures. Toutes ses œuvres explorent en effet une mise en relation entre les différents éléments disposés : la pierre et le métal, le verre et la pierre, le coton et le métal…
Un Relatum créé en 1979 (et recréé pour le Guggenheim en 2011) consiste par exemple en une masse de coton dont émergent de fines tiges d’acier rouillées. On dirait que Lee Ufan « fait le lit de nos certitudes ». Un autre consiste à déposer une pierre sur une plaque de verre qui se fendille sous le poids (Relatum, 1968-2011).

En résumé, un bon exemple d’art contemporain, pas évident d’accès, mais sublimé par la scénographie et le lieu. On s’y précipite pour flâner et méditer.

Exposition Lee Ufan: Marking Infinity : Guggenheim Museum New-York, du 24 juin au 28 septembre 2011.

Information pratiques et renseignements sur le site du Guggenheim.

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