« Le délire des sages » : Norton Maza à la galerie Bendana-Pinel, à Paris


Norton Maza, Cochons de plaisir, 2009 - Courtesy Galerie Bendana-Pinel

Il n’est jamais trop tard pour faire part d’une belle découverte, même si l’exposition Le délire des sages, de Norton Maza, prend fin le 24 octobre, et que l’actualité est dominée par la tenue de la Foire Internationale de l’Art Contemporain (FIAC) (du 22 au 25 octobre au Grand Palais, et ailleurs dans Paris, en off)…

Norton Maza, artiste originaire du Chili, propose des « maquettes photographiées et encadrées » qui reconstituent des scènes emblématiques et tragiques de notre monde contemporain : crise financière et économique, guerres, déséquilibres Nord-Sud, etc. Ses séries Le délire des sages (2009) et Parcours du désir (2006) sont exposées à la galerie Bendana-Pinel, à Paris, en partenariat avec Photoquai (2ème biennale des images du monde, organisée par le Musée du Quai Branly).

Norton Maza conçoit ses maquettes à partir de matériaux de récupération, de jouets, d’éléments qu’il fabrique lui-même avec du balsa, de la pâte à modeler, du carton, des fils de fer ou de nylon, etc. Ses créations rappellent ainsi les maquettes et les dioramas que les petits garçons assemblent pour recréer un champ de bataille, un univers d’heroïc-fantasy, un régiment de tanks ou une escadrille d’hélicoptères.

Les images ainsi obtenues sont tout à fait frappantes (il suffit de jeter un œil, même distrait, à Cochons de plaisir, l’œuvre qui figure en tête de cet article), et remarquables à plus d’un titre :

  • Par le soin apporté à leur élaboration, tout d’abord : Norton Maza travaille patiemment ses maquettes, en utilisant pour cela toutes les techniques possibles. Sculpture, peinture en trompe-l’oeil, sens de la mise en scène, et bien entendu sens photographique sont mobilisés pour créer des images plus vraies que nature. L’image prime d’ailleurs tellement, qu’une fois la prise de vue effectuée, l’artiste détruit les maquettes et dioramas qui ont servi à sa réalisation.
    Ainsi, dans l’œuvre Cochons de plaisir, certaines des gouttes d’or qui dégoulinent au premier plan sont en réalité des Vue de l'atelier de Norton Maza - Courtesy Galerie Bendana-Pinelsculptures de pâte à modeler, recouvertes de peinture dorée et suspendues à des fils de nylons quasi invisibles.
    Dans La marche vers le mirage éternel (voir ci-contre, Norton Maza au travail sur cette œuvre dans son atelier), des maquettes d’appareils de différentes tailles et des peintures en trompe-l’œil reproduisent la perspective 3D d’une escadrille d’hélicoptères s’enfonçant dans les profondeurs de l’image.
  • Par la qualité des images ainsi obtenues, ensuite : au premier coup d’œil, certaines œuvres m’avaient fait penser aux tableaux des surréalistes, aux peintures de Dali notamment. Je n’ai jamais vraiment apprécié l’univers de Dali. Pour faire bref, j’ai toujours trouvé que ses tableaux étaient en-deçà de leur ambition affichée : représenter l’univers du rêve, de l’absurde… représenter l’imprésentable, ce qui pour moi a toujours entaché ses œuvres d’un arrière-goût d’inachevé, voire d’échec.
    Situation radicalement différente chez Norton Maza : son sens de la mise en scène minutieuse convient parfaitement à la veine réaliste de ses créations. On est à la limite du photo-reportage, de la volonté de créer de vraies-fausses images de presse. Une volonté particulièrement sensible dans la série Parcours du désir qui met en scène l’immigration clandestine.
  • Par le statut ambigu de ces images, enfin : si la reconstitution des scènes est minutieuse et réaliste, les éléments employés pour y parvenir (jouets enfantins et innocents) sont en décalage complet avec cette réalité. De ce décalage naît la profondeur et la critique. Norton Maza, Cochons de plaisir (détail), 2009 - Courtesy Galerie Bendana-PinelAinsi, Norton Maza manie et associe entre eux des éléments et des symboles qui résonnent puissamment dans nos imaginaires tels que jouets, robots et petits soldats de notre enfance.
    Dans le cas de Cochons de plaisir, il organise une juxtaposition de symboles financiers et économiques (or, billets de banque, pétrole), de symboles de pouvoir et d’ubiquité (la silhouette du Pape, les écrans de télévision), de plaisir (des pin-ups court vêtues ou équipées de cuir et de fouets), des icônes pop (King-Kong, Indiana Jones)…
    Si l’idée peut paraître assez banale, la qualité de l’image et la profondeur qu’il réussit à lui donner (au sens propre comme au sens figuré) réussissent cependant à susciter l’adhésion et l’enthousiasme.

Enfin, au-delà d’un discours critique de dénonciation des puissants et des puissances, somme toute assez politiquement correct, j’apprécie l’angle d’attaque carnavalesque et jubilatoire du sujet (la grande inversion où les « sages » sont en réalités les « fous »), et j’avoue un plaisir coupable, au premier degré, à contempler d’aussi belles scènes de bataille et de dévastation, à la fois horrifiques et comiques. Un vrai rêve de gamin qui n’a jamais eu le même talent ni la même patience pour les maquettes…

Norton Maza, Le délire des sages et Parcours du désir, à la Galerie Bendana-Pinel, 4 rue du Perche, Paris 3ème, du 12 septembre au 24 octobre 2009.

Consulter le communiqué de presse de l’exposition.

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