Mode et art contemporain : expo « Dysfashional » au Passage du Désir, à Paris, du 30 octobre au 29 novembre 2009


Dysfashional Paris/Berlin, Passage du Désir, Paris - 30 octobre au 29 novembre 2009

Hier soir, vernissage de l’expo Dysfashional : Exposition et performances à la frontière de la mode et de l’art contemporain, Passage du Désir à Paris. Bon, comme avec tout vernissage, le spectacle est dans la salle plutôt que dans les œuvres, difficilement accessibles en raison de la foule qui encombre les allées, un verre d’un cocktail sponsorisé par une grande marque de vodka à la main… Un phénomène accentué par le lieu de l’exposition elle-même : Passage du Désir est une structure hébergée par l’agence de publicité BETC Euro RSCG Paris.

Dysfashional est une expo itinérante (Luxembourg, Lausanne, Paris donc, et Berlin l’été prochain) conçue par Luca Marchetti et Emanuele Quinz, commissaires de l’exposition. Elle met en scène de grands noms de la mode (Hussein Chalayan, Raf Simons, Martin Margiela…) invités à faire œuvre « d’artiste » (et non pas exposer des pièces de leurs collections).

Le résultat est d’un intérêt variable : performances live de jeunes mannequins prenant des poses interminables devant le public, photos de sexes placardées sur les murs, variations autour de matériaux, d’accessoires et d’objets de mode (perruques postiches, cape en soie, magazines fashion), etc., cohabitent, entre deux cohues d’épaules, avec quelques pièces remarquables :

Raf Simons, Repeat (1995-2005) : comme son nom l’indique, cette installation vidéo (une vingtaine de petits téléviseurs posés au sol et alignés en ordre chronologique, diffusant des images fixes ou des vidéos en boucle) retrace dix ans d’inspiration et de défilés du créateur flamand. Les téléviseurs forment un portrait d’ensemble obsessionnel et cohérent de son univers.
L’esthétique cold-wave ou cyberpunk froide des défilés (trenchs, bottes, mannequins aux coupes courtes et cheveux teints en noir, mises en scène rétro-futuristes, etc.) côtoie des images statiques, comme autant d’instantanés  qui soulignent les sources d’inspiration du créateur. Raf Simons, Repeat (1995-2005)On peut s’amuser à passer d’un téléviseur à l’autre, à la manière d’un rébus, d’une charade ou de la comptine « Trois p’tits chats », dont le « tout » serait l’univers personnel de Raf Simons.
Ainsi, on passe d’un zoom sur un bras tatoué des lettres grecques ΚΕΦΑΛΗΞΘ (Psalm 69 ou Psaume 69) et de toiles d’araignées, très probablement en hommage à l’album éponyme de Ministry, groupe fer de lance du métal industriel glauque et agressif, à une photo du CD single du « Ziggy Stardust » de Bowie repris par les légendes du rock gothique Bauhaus, à la photo d’une pile de cassettes VHS de films d’épouvante légendaires, parmi lesquels figure The Hunger, film de vampire avec David Bowie et Catherine Deneuve, et contenant une scène où les deux protagonistes se rendent dans un club batcave où Bauhaus se produit en live, etc.

Trois p’tits chats,
Trois p’tits chats,
Trois p’tits chats, chats, chats,
Chapeau de paille,
Chapeau de paille,
Chapeau de paille, paille, paille.
Paillasson, paillasson…

Antonio Marras, Le Orfanelle (2006)Antonio Marras propose Le Orfanelle (2006) (Les orphelines), une installation faite de cônes de tissus, éclairés par en-dessous, évoquant tour à tour des robes, des tentes, des silhouettes fantomatiques…
Les structures ainsi créées, à base de tissu, de roues de bicyclettes et de câbles, flottent au-dessus du sol. Il y a quelque chose de nostalgique dans cette composition, quelque chose qui rappelle l’enfance, et qui semble parler aux petites filles…

Hussein Chalayan expose des pièces issues d’une collection de vêtements en papier. Airmail Dresses (2001) est une robe immaculée, présentée dans cinq cadres correspondant à cinq étapes de pliage, qui permettent de passer de l’état de robe à celui d’enveloppe prête à poster. Hussein Chalayan, Airmail Dresses (2001)Le commentaire de l’œuvre précise que « l’expéditeur peut donc imprégner cette robe immaculée d’une double empreinte : celle de son écriture et celle de son corps ».
Ça me rappelle une toute autre référence rock (complètement fortuite, cette fois-ci), du côté des Pixies. Sur le morceau « Cactus » (album Surfer Rosa), le chanteur déplore l’absence de sa chérie, et se met à souhaiter qu’elle lui envoie quelque chose qui est à elle, un vêtement qu’elle a réellement porté : « Bloody your hands on a cactus tree / Wipe it on your dress and send it to me » (« Fais saigner tes mains sur un cactus / Essuie-les sur ta robe, et envoie-la moi »).

Dysfashional Paris/Berlin, au Passage du Désir, 85-87 rue du Faubourg Saint Martin, Paris – Du 30 octobre au 9 novembre 2009.

Présentation, horaires et informations pratiques sur le site du Passage du Désir et consultation du dossier de presse de l’exposition.

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