« Kiss the Past Hello » : Larry Clark au Musée d’art moderne de la Ville de Paris, du 8 octobre 2010 au 2 janvier 2011


Avec beaucoup, beaucoup de retard, un mot sur cette expo qui a « suscité la polémique », comme on dit, (voir la Une de Libé du 7 octobre), et qui prend malheureusement déjà fin le 2 janvier.

« Kiss the Past Hello » est la première rétrospective du photographe et réalisateur Larry Clark, bien connu pour ses longs métrages (Kids, Ken Park, etc.). Comme pour Basquiat, il s’agit donc d’un sacré « coup » pour le Musée d’art moderne de la Ville de Paris, d’habitude cantonné à des expositions à moindre retentissement.

La polémique ? Larry Clark s’intéresse de près à la jeunesse, et dans les tirages exposés (certains datés des années 1970 : on nous montre la source et l’origine de son travail), il la met en scène sans concession. Sorte de docu– (il choisit de « vraies gens » comme modèles, avec lesquels il sympathise et partage des moments très intimes) –fiction (les clichés en « mode rafale » racontent une histoire façon roman-photo ou stop motion), son travail, sans s’y résumer, consiste notamment à montrer des corps nus, des sexes, des partouzes, des bouteilles d’alcool et des seringues qu’on s’enfonce dans le bras (séries Teenage Lust et Tulsa).

Bref, sans être particulièrement conservateur ou prude, il me semble que la « censure » imposée par la Mairie de Paris (en réalité, une interdiction aux moins de 18 ans fondée sur l’article 227-24 du Code Pénal) est plutôt justifiée au regard des faits. Après, on pourra toujours avancer plein d’arguments (d’ailleurs valables), tels que la nécessité de l’art, son besoin d’affranchissement des règles et des interdictions, ou tout simplement le fait que les moins de 18 ans peuvent voir pire ailleurs, pour dénoncer cette décision : cela ne paraît pas tout à fait suffisant.

Sur le fond, l’expo vaut pour le caractère à la fois hyper réaliste et extrêmement soigné de la photo. Les séries des années 1970 ont un grain extraordinaire. Les sujets sont forcément « costumés » plus vrais que nature : looks rockabilly et western typiquement américains, voitures et intérieurs d’époque… La plongée dans cette décennie, si proche et déjà si loin, en devient fascinante. Le principe de série, les clichés pris en rafale racontent une histoire d’autant plus expressive qu’elle est muette : d’un cliché à l’autre, des gestes et des regards se développent, des corps se sapent et se désapent, des seringues s’emplissent et se vident dans des veines, tout ça sous le regard impassible de Larry Clark…

La plongée est complète dans un univers white trash forcément plus vrai que nature. On comprend que ça dérange, forcément plus que n’importe quel porno du samedi soir : ici, l’image, portée par l’art, est infiniment plus puissante…

Exposition Kiss the Past Hello : Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, du 8 octobre 2010 au 2 janvier 2011.

Information pratiques et renseignements sur le site du MAM.

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